La légende du serpent et de la fontaine
Tout commence, dit-on, en 1338. Une noble dame traverse ce vallon alors envahi par les ronces lorsqu'un énorme serpent s'enroule autour de sa jambe. Terrifiée, elle invoque la Vierge, qui lui apparaît et écrase la tête de la bête. En remerciement, la dame fait élever un oratoire près d'une source, la fons currens, la « fontaine courante », qui a donné son nom au lieu : Foncourrieu. La fontaine coule toujours en contrebas de la chapelle, dans une ouverture ronde ménagée dans le mur. On raconte même que la légende aurait inspiré l'anneau en forme de serpent du tassou, la petite tasse à déguster des vignerons du Vallon.
Une histoire documentée depuis 1351
Au-delà de la légende, la chapelle apparaît dans les textes en 1351. Elle dépend alors de l'abbaye de Conques, et une petite léproserie de quatre lits s'installe dans son jardin en 1380. Pour accueillir les pèlerins de plus en plus nombreux, on lui ajoute une nef, consacrée en 1389 (les arcs de la voûte portent l'inscription « Consecrata 1388 »). En 1650, le logement du prieur est bâti et relié à la chapelle par une galerie. L'ensemble, chapelle et prieuré, est protégé au titre des monuments historiques depuis 1988.
Des voûtes entièrement peintes
C'est la vraie surprise de la visite. La voûte du chœur est peinte en 1680, puis celle de la nef en 1703, par un moine venu de Conques. Le plafond de la nef compte 80 panneaux décorés en trompe-l'œil, encadrés d'une centaine de cartouches ornés, où la Vierge tient la première place aux côtés du Christ et de nombreux saints. Une frise rappelle les armoiries des abbés de Conques et des bienfaiteurs de la chapelle. On conseille de lever les yeux longtemps, et de prendre le temps de repérer les détails : il y a là de quoi occuper un bon moment, dans le calme d'un lieu qui reste à l'écart des foules.
La Vierge des vignerons
Au cœur de la chapelle trône une statue de la Vierge en bois polychrome du XIVe siècle, haute d'environ 1,20 mètre. Marie y est représentée toute jeune, dans l'attitude du Magnificat, vêtue d'une robe rouge ornée de grappes de raisin : de quoi en faire la protectrice des vignerons du Vallon. La statue revient de loin : à la Révolution, elle est sciée en deux et sa partie basse brûlée, mais une paroissienne cache la moitié restante. Restaurée en 1887, elle est solennellement couronnée en 1901. Chaque lundi de Pentecôte, pendant la Saint-Bourrou, la fête des vignerons de Marcillac, une messe en plein air y bénit les bourgeons de la vigne et les vendanges à venir.
Notre conseil pour la visite
L'intérieur n'est ouvert qu'à certains moments : l'association des Amis de Foncourrieu accueille les visiteurs les dimanches après-midi pendant la saison estivale, ainsi qu'aux Journées européennes du patrimoine, et la visite est gratuite. C'est elle qui porte aussi la restauration de l'édifice : la toiture de la nef a été refaite en 2021-2022, celles du prieuré et du clocher en 2024-2025, un chantier récompensé en 2025 par le Trophée du Patrimoine Occitanie-Pyrénées. En dehors de ces créneaux, on peut toujours venir voir la façade et la fontaine, à moins d'un kilomètre à pied du centre de Marcillac. Les marcheurs aguerris peuvent aussi l'intégrer à la grande boucle des chapelles du Vallon (environ 13 kilomètres), qui passe par Saint-Jean-le-Froid. Nous conseillons plutôt de garder Foncourrieu pour un dimanche après-midi d'été, portes ouvertes, et de prendre le temps de lever les yeux vers ses voûtes plutôt que de la cocher en passant.